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Constant MUTAMBA : Le destin d’un frère de génération

 

Le silence imposé

Depuis un moment, je me tais.

Mes pensées sur la politique ne sont ni partagées, ni exprimées.

Non par indifférence, mais par devoir de réserve. Ma casquette ne me permet pas toutes les prises de parole.

Pourtant aujourd’hui, une voix en moi s’impose.

Je ne parle pas contre quelqu’un.

Je parle de quelqu’un.

Le jeune ministre démissionnaire, Constant MUTAMBA.

Mon regard de pair


Il n’y a que quatre années d’âge qui nous séparent (lui de 1988 et moi de 1992). Ce qui fait de lui, sans hésiter, un homme de ma génération. 

Beaucoup de personnes de son âge et même plus sont des amis, certains par l’universitaire, d’autres l’église ou le lien familial.

C’est pourquoi, sans prétention, je le considère comme quelqu’un de ma promotion.

Le reflet d’un retard intérieur

Quand il fut nommé ministre de la Justice, un mélange d’émotions m’a traversé : admiration, malaise, questionnement.

Son ascension me laissait penser que j’étais en retard, moi qui suis juriste depuis dix ans.

Et pourtant, nous partageons la même formation académique (Le Droit).

Alors, pourquoi lui et pas moi ?

La réponse était en moi.

Je nageais trop bas. Je regardais la vie par le bas. Je m’étais imposé un plafond.

MUTAMBA m’a forcé à lever la tête, à croire à nouveau que je suis aussi ministrable et même présidentiable. Je note que ce pays a eu à un moment un président qui n’avait que 29 ans.

Le complexe dépassé

Aujourd’hui, ce petit complexe d’infériorité, je l’ai dépassé.

J’ai travaillé sur moi. Et c’est avec authenticité que j’écris ces lignes, sans jalousie ni mesquinerie.

Je suis en paix avec moi-même.

Et je peux regarder MUTAMBA avec respect, sans amertume, ni ressentiment.

À la croisée des ressentis

Quand il fut nommé, j’étais dubitatif : devais-je célébrer sa jeunesse ou fustiger ses sorties médiatiques ?

Certaines de ses prises de position me dérangeaient profondément, notamment ses propos envers le pouvoir judiciaire.

Je voyais un homme en quête de visibilité, parfois au prix de l’équilibre institutionnel.

Et cela me mettait en colère.

J’ai ressenti du mépris, je l’avoue. Mais ce mépris n’a pas duré.

Il s’est transformé en questionnement. Puis en lucidité.

Le candidat numéro 2

Je me souviens de la première fois que j’ai entendu son nom (j’ai plutôt vu une affiche puis quelques autres à Lubumbashi) : c’était durant la campagne présidentielle de 2023.

Il portait le numéro 2.

Il jouait son propre jeu.

Là où d’autres attendaient d’être cooptés, lui faisait campagne un peu à sa manière :

Kisangani, Kinshasa, des rassemblements…

Pas une foule immense, mais une démarche déterminée.

Je ne connaissais rien de lui, mais je voyais un homme qui osait, même dans l’échec annoncé.

Quand l’audace remplace la légitimité

Face à Katumbi, Fayulu ou Tshisekedi, il ne pouvait rivaliser.

Mais il a joué sa carte. Il a mis son nom sur la table du destin.

Il savait qu’il perdrait. Mais il voulait exister.

Et à sa manière, il a réussi.

Sa nomination ministérielle, bien qu’opposant initial, n’a étonné personne.

C’est ce qui arrive aux hommes qui ne jouent pas petit.

Trop près du soleil

Mais comme Icare, il a volé trop près du soleil.

Et aujourd’hui, le voilà contraint de quitter le ministère par la petite porte.

Mais ce n’est pas la fin.

Je suis convaincu que, comme une graine, il renaîtra de cette chute.

Ce qu’il a semé :son nom, son audace, son destin germera à nouveau.

Leçons d’une traversée

Peu importe l’issue judiciaire, ce moment ne l’enterrera pas.

S’il l’enterre, ce ne sera que le terreau de sa croissance.

Il reviendra.

Peut-être par un autre chemin.

Mais avec plus de sagesse, plus de consistance.

Et il ne sera plus un nouveau venu.

Ce que je ressens aujourd’hui

J’écris ceci avec une lucidité nouvelle.

Moi qui, autrefois, ne lui donnais aucune chance.

Moi qui voyais en lui un simple populiste.

Mais le destin est têtu.

Et les hommes que le destin appelle, même s’ils tombent, finissent par se relever.

Rien ne pourra changer cela.

Rien.

Le Congo est grand.

Et notre génération l’est aussi.


Teddy MUKANDA 


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